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Gérard
Chappez nous avait enchantés avec son "Voyage aux
pays des lacs". Dans "Bougres d'ânes", il
nous avait fait partager son amour des ânes. Aujourd'hui,
il nous invite à partir de nouveau avec lui en voyage
pour un itinéraire fantastique aux pays des légendes
et des sortilèges. Accompagné de ses fidèles
Cadichon et Eglantine, il part explorer les petits sentiers qui
serpentent à travers ce pays des lacs qu'il affectionne
tant. |
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Quelques extraits du livre : Estivants qui venez à la belle saison couler des journées de douce oisiveté dans notre ravissant pays des lacs, désertez donc pour une journée les rives surpeuplées de nos lacs clairvaliens et partez à la découverte du calme et de l'ombre bienfaisante de la Vallée des Forges. Une fois passés devant la tour de l'ancien château, une petite sente ombragée longeant les vestiges des anciennes murailles entourant le fief des Bauffremont vous conduira directement à l'endroit où les eaux de la Raillette, fuyant le grand lac, se mêlent à celles du Drouvenant et s'y dissimulent de manière irrémédiable. Au rythme lent de la promenade, vous pourrez musarder et rêver, bercés par le chant mélodieux des eaux cascadantes de la rivière et imaginer l'animation qui régnait autrefois dans ces lieux, où une quantité de petites industries s'était installée pour tirer profit de l'énergie fournie par le cours d'eau. A cette époque, les rives du Drouvenant étaient construites de moulins, de scieries, de papeteries, d'ateliers de foulerie, de forges, et le murmure harmonieux de la rivière était couvert par le vacarme assourdissant des scies, des marteaux, des laminoirs. De nos jours, le calme de la Vallée sera peut-être
brisé par un bruit de sirène qui vous tirera de
votre rêverie. C'est l'âne qui parle de la Vallée
des Forges qui salue à sa manière votre passage.
Sans doute ne verrez-vous là qu'un âne ordinaire
en train de brouter dans sa pâture et qui, en vous apercevant,
vous aura gratifiés d'un tonitruant braiment dont tous
les ânes sont les spécialistes. Pour converser avec
lui, il faut le mériter. Le matin quand j'ouvre les volets de la maison, il m'interpelle
depuis son domaine d'un ton plutôt agressif : Imperturbable, je fais celui qui n'a rien entendu et je referme le fenêtre. Quelques instants plus tard, quand il me voit monter dans
sa direction, botté de caoutchouc et engoncé dans
mon anorak déchiré, il sait que je viens lui rendre
visite et surtout lui apporter des brassées de bon foin
odoriférant, aux senteurs miellées de pain d'épices
des pâtures bien exposées de Cogna. Son ton devient
plus amical. Le braiment sonore a fait place à une succession
de petits grognements étouffés. Le va-et-vient
impatienté le long des fils de pâture a cessé.
Immobile devant la porte, les oreilles dressées, Cadichon
me regarde venir et m'attend. Les bras encombrés de foin,
une betterave dans la poche de la veste, Cadichon en profite,
pendant que j'ouvre la barrière, pour tirer entre ses
lèvres une petite bouchée de foin qu'il s'empresse
d'engouffrer d'un air malicieux. Puis il m'emboîte le pas
et s'enfile vite dans sa cabane où je suis entré
pour vérifier la qualité du menu. Le foin est bien
à sa place dans le râtelier. Un petit coup de museau
pour repérer la betterave que monsieur se dépêche
de croquer. Je sors et aussitôt il ressort aussi sur mes
talons, du foin entre les babines, et parle la bouche pleine
: A la place de la betterave, je peux lui servir d'autres hors-d'oeuvre selon ce que nous aurons nous-mêmes mangé à table. Quelquefois ce sont des crudités variées avec épluchures de carottes, de poireaux, de pommes de terre, feuilles bien vertes et croquantes de salade d'hiver. Monsieur l'âne va alors renifler tous ces amuse-gueule et opérer un tri au milieu de tous ces légumes pour finalement engloutir en premier une ou deux peaux de banane qui y étaient bien dissimulées. Quelquefois, si rien dans ce que je lui apporte ne sort de l'ordinaire et ne lui plaît vraiment, il me regarde d'un air interrogateur pour savoir s'il n'y a vraiment rien d'autre qui arrive. "Regardez-moi ça ce qu'il m'apporte. Il se fiche vraiment de moi. Les trognons de chou-fleur, il n'y a rien à redire. Mais les épluchures de courgette, on ne peut pas dire que ce soit très délectable. Il me prend vraiment pour la poubelle ambulante de la famille !" |
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