Gérard Chappez

Né en 1952 dans le Jura, vit au coeur de la région des lacs, où il exerce la profession de chirurgien-dentiste. Amoureux de la nature et plus particulièrement des ânes, passionné par l'écriture, il publie en 1991, "Voyage au Pays des Lacs", hommage à sa région, illustré par des cartes postales anciennes, une autre de ses passions.

En 1994 sort "Bougres d'Ânes", hommage à ce fidèle ami de l'homme trop souvent dénigré et en 1997, "Itinéraire fantastique au Pays des Lacs", promenade avec ses ânes à travers les sentiers pleins de mystères et de légendes, illustré de pastels de son épouse Michèle, passionnée de peinture et d'aquarelle...


"Itinéraire fantastique au pays des lacs"


Résumé de l'ouvrage :

Gérard Chappez nous avait enchantés avec son "Voyage aux pays des lacs". Dans "Bougres d'ânes", il nous avait fait partager son amour des ânes. Aujourd'hui, il nous invite à partir de nouveau avec lui en voyage pour un itinéraire fantastique aux pays des légendes et des sortilèges. Accompagné de ses fidèles Cadichon et Eglantine, il part explorer les petits sentiers qui serpentent à travers ce pays des lacs qu'il affectionne tant.
Vont-ils en chemin tomber nez à nez avec la vouivre ou quelque sylphe égaré au milieu des épicéas ?
Les personnages hors du commun, bien réels ou imaginaires, qui hantent la contrée, les légendes aussi nombreuses que les lacs qui parsèment la région, sont prétextes à des récits pleins d'humour dont ses deux compagnons sont les interlocuteurs et les confidents lors de ces moments privilégiés.
Cadichon, l'âne qui parle de la vallée des Forges, en fin herboriste gastronome, se délecte des propos de son maître et les commente en les assaisonnant et d'un soupçon de malice.
La nuit, il rêve certainement en secret d'y rajouter, à la manière du lièvre de la fable, son complice à grandes oreilles, quatre grains d'ellébore pour guérir son maître de ses folies...

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 Quelques extraits du livre :

Estivants qui venez à la belle saison couler des journées de douce oisiveté dans notre ravissant pays des lacs, désertez donc pour une journée les rives surpeuplées de nos lacs clairvaliens et partez à la découverte du calme et de l'ombre bienfaisante de la Vallée des Forges. Une fois passés devant la tour de l'ancien château, une petite sente ombragée longeant les vestiges des anciennes murailles entourant le fief des Bauffremont vous conduira directement à l'endroit où les eaux de la Raillette, fuyant le grand lac, se mêlent à celles du Drouvenant et s'y dissimulent de manière irrémédiable.

Au rythme lent de la promenade, vous pourrez musarder et rêver, bercés par le chant mélodieux des eaux cascadantes de la rivière et imaginer l'animation qui régnait autrefois dans ces lieux, où une quantité de petites industries s'était installée pour tirer profit de l'énergie fournie par le cours d'eau.

A cette époque, les rives du Drouvenant étaient construites de moulins, de scieries, de papeteries, d'ateliers de foulerie, de forges, et le murmure harmonieux de la rivière était couvert par le vacarme assourdissant des scies, des marteaux, des laminoirs.

De nos jours, le calme de la Vallée sera peut-être brisé par un bruit de sirène qui vous tirera de votre rêverie. C'est l'âne qui parle de la Vallée des Forges qui salue à sa manière votre passage. Sans doute ne verrez-vous là qu'un âne ordinaire en train de brouter dans sa pâture et qui, en vous apercevant, vous aura gratifiés d'un tonitruant braiment dont tous les ânes sont les spécialistes. Pour converser avec lui, il faut le mériter.
Quant à moi, qui fréquente ce personnage depuis plus d'une décennie, j'ai quotidiennement avec lui des conversations dont nous avons le secret.

Le matin quand j'ouvre les volets de la maison, il m'interpelle depuis son domaine d'un ton plutôt agressif :
"Ah ! tu te lèves quand même, tu as vu l'heure qu'il est et je suis sûr que tu vas encore déjeuner avant de m'apporter mon casse-croûte. Tu exagères un peu. Moi, je suis levé depuis potron-minet et je commence à m'impatienter. Je sens un petit creux au niveau de mon estomac."

Imperturbable, je fais celui qui n'a rien entendu et je referme le fenêtre.

Quelques instants plus tard, quand il me voit monter dans sa direction, botté de caoutchouc et engoncé dans mon anorak déchiré, il sait que je viens lui rendre visite et surtout lui apporter des brassées de bon foin odoriférant, aux senteurs miellées de pain d'épices des pâtures bien exposées de Cogna. Son ton devient plus amical. Le braiment sonore a fait place à une succession de petits grognements étouffés. Le va-et-vient impatienté le long des fils de pâture a cessé. Immobile devant la porte, les oreilles dressées, Cadichon me regarde venir et m'attend. Les bras encombrés de foin, une betterave dans la poche de la veste, Cadichon en profite, pendant que j'ouvre la barrière, pour tirer entre ses lèvres une petite bouchée de foin qu'il s'empresse d'engouffrer d'un air malicieux. Puis il m'emboîte le pas et s'enfile vite dans sa cabane où je suis entré pour vérifier la qualité du menu. Le foin est bien à sa place dans le râtelier. Un petit coup de museau pour repérer la betterave que monsieur se dépêche de croquer. Je sors et aussitôt il ressort aussi sur mes talons, du foin entre les babines, et parle la bouche pleine :
"Bon, c'est tout ce que tu me donnes pour le moment. Tu ne m'as pas apporté quelques croûtons de pain sec. Tant pis. Ce sera pour une autre fois."

A la place de la betterave, je peux lui servir d'autres hors-d'oeuvre selon ce que nous aurons nous-mêmes mangé à table. Quelquefois ce sont des crudités variées avec épluchures de carottes, de poireaux, de pommes de terre, feuilles bien vertes et croquantes de salade d'hiver. Monsieur l'âne va alors renifler tous ces amuse-gueule et opérer un tri au milieu de tous ces légumes pour finalement engloutir en premier une ou deux peaux de banane qui y étaient bien dissimulées.

Quelquefois, si rien dans ce que je lui apporte ne sort de l'ordinaire et ne lui plaît vraiment, il me regarde d'un air interrogateur pour savoir s'il n'y a vraiment rien d'autre qui arrive.

"Regardez-moi ça ce qu'il m'apporte. Il se fiche vraiment de moi. Les trognons de chou-fleur, il n'y a rien à redire. Mais les épluchures de courgette, on ne peut pas dire que ce soit très délectable. Il me prend vraiment pour la poubelle ambulante de la famille !"

 

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