Voyage en Monts d'Arrée en compagnie de mon Âne Gaston
Après avoir agencé ma petite charette à bras pour
la transformer en chariot je décide de partir à la découverte
des Monts d'Arrée à pied, mon ami Gaston plus fort que moi
étant chargé de tracter la charette.
Afin de vivre pleinement cette aventure, je décide d'emmener le maximum
de vivre et d'équipement afin d'assurer une autonomie complète
et de vivre en totale liberté.
Ma femme et un ami me déposent le dimanche 3 août 1997 à
Rostrenen vers 15h30.
J'attelle Gaston et nous voilà parti.
Quelle agréable sensation, je commence à regarder le ciel,
les nuages et je me dis qu'il va falloir composer avec.
Je me dirige vers le centre de Rostrenen. Ayant ferré les sabots
de Gaston juste la veille, je profite des rues très escarpées
de la ville afin de tester ses réactions. Première déconvenue,
la charette est trop chargée, et Gaston glisse avec ses fers avants,
je suis obligé de m'arquebouter sur les brancards afin de l'aider
à decendre. Ça commence bien, j'imagine déjà
ce que ça va donner sur les Monts d'Arrée...
Dimanche 3 Août 1997
Première étape. ROSTENEN - MAEL-CARHAIX - PAULE (16 km)
Il s'agit de la première demi-étape pour se mettre en jambe.
Je cherche un endroit pour bivouaquer, on me conseille l'aire de repos de
la Pie, près du canal de Nantes à Brest; les pelouses étant
occupées par des jeunes, je décide de m'installer un peu plus
loin sur le chemin de halage. La deuxième surprise, je l'ai le lendemain
lorsqu'en pénétrant dans les sanitaires, je m'aperçois
qu'il s'agit d'un lieu de rendez-vous. Il est vrai qu'avec mon parasol rose,
il aurait pu y avoir confusion... Réflexion faite je préfère
me laver dans le canal.
Lundi 4 Août 1997
Deuxième étape. PAULE - PLEVIN - MOTREF - KERAVIOU (30km)
(cumul 46km)
Je décide de suivre le canal de Nantes à Brest. Au petit matin
j'apprécie la verdure et le calme de l'eau, Gaston apprécie
le chemin plat et en terre. Tout va bien, mais nouvelle surprise au bout
de 4 km, une barrière cadenassée infranchissable avec la charette.
Demi-tour 8 km pour rien, on a moins le moral.
Enfin après avoir repris la route, on arrive à Plévin,
on découvre la première église bretonne avec son calvaire,
puis les premières côtes de la montagne noire, les hortensias
bleus, et les ardoisières.
Bivouac près de Kerlaviou sous la pluie, il faut s'organiser et se
protéger. En effet je couche dans ma charette, les brancards reposent
sur un tréteau je pose sur les brancards 2 planches et j'adapte deux
arceaux sur lesquels j'attache une bâche (photo). Par temps de pluie
je rajoute une grande bâche qui recouvre le tout.
Mardi 5 Août 1997
Troisième étape. KERLAVIOU - SPEZET - LANDELEAU - COLLOREC
(21 km) (cumul 67 km)
Après avoir longé quelque temps les montagnes noires, j'oblique
vers le Parc National d'Armorique. Landeleau : je rencontre un ancien maçon
qui m'invite chez un de ses amis pour boire un verre de "gwinru",
il est 9 h du matin, il entoure sur ma carte les sites à visiter.
La réunion dure 2 h et il m'apprend les rudiments de Breton, moi
les rudiments de Gallo, et la bouteille est vide.
12 h, nouvelle déconvenue : Gaston est blessé au niveau de
la sous-ventrière. J'avais sanglé comme en attelage normal,
mais avec le poids de la charette et la distance parcourue, il faut laisser
les cuirs lâches. Je le soigne et protège la blessure.
L'après-midi je rencontre un journaliste du Télégramme
de Brest à Collorec, qui m'interroge pour écrire un article
sur le journal.
J'installe mon bivouac près de la rivière à Collorec,
l'accueil est sympa.
La nuit, je suis attaqué par les moustiques, en effet il n'y a pas
de moustiquaires dans ma charette, j'installe près de ma tête
du papier hygiénique imbibé de "mouchine" produit
à base de grésil que je pulvérise sur Gaston pour éloigner
les taons. Au réveil bonjour le mal de crâne.
Mercredi 6 Août 1997
Quatrième étape. COLLOREC - SAINT-HERBOT - BRENNILIS (17 km)
(cumul 84 km)
Direction Saint-Herbot, petit hameau très joli avec son église
et son calvaire (photo).
On me conseille de passer chez Gwen qui tient la crêperie. C'est un
personnage, avec ses grandes moustaches, sa jovialité et son humour,
il forme avec sa femme, très douce, un couple très accueillant.
Bien qu'ayant décidé de vivre en complète autonomie,
je craque et je décide de manger à la crêperie.
L'après-midi on attaque la côte qui mène au manoir de
Rusquet, c'est dur pour Gaston, je passe une sangle au niveau du brancard
et je l'aide à monter, il apprécie et me donne des coups de
museau.
Sur le plateau je rencontre un personnage que je surnomme "le Mage"
(photo), son allure est insolite, il est vétu d'un vieux parka et
de 2 pulls alors qu'il fait une chaleur estivale. Il commence à me
parler de religion. Très cultivé, il a été élevé
dans un monastère, il me fait toute une démonstration sur
la magie des nombres en particulier le chiffre 7 qui lui est apparu sur
une route et qui lui a permis de résoudre un des mystère de
l'apparition de la vierge à la Sallette. Sur ce plateau recouvert
de genets et d'ajoncs dans le pays des Korrigans, des Fées et des
Elfes, ce discours insolite est passionnant.
Le soir je monte le bivouac sur les bords du lac de Brennilis (photo) le
paysage est magnifique, à l'horizon on apperçoit le Mont Saint-Michel-de-Braspart.
Afin de me défendre des moustiques, je me recouvre la tête
avec mon tee-shirt et je respire par la manche, j'ai moins mal à
la tête mais plus de mal à respirer et aussi plus chaud.
Jeudi 7 Août 1997
Cinquième étape. BRENNILIS - BOTMEUR - ROC-TREVEZEL - LA FEUILLEE
(19 km)
(cumul 103 km)
Direction Botmeur petit village Breton très typique. Le parcours
est accidenté mais très joli, on se croirait en montagne.
Gaston a du mal à descendre les côtes, je l'aide mais c'est
physique. On arrive au Roc Trévezel, point culminant des Monts d'Arrée,
384 m. Le paysage sauvage que l'on découvre est magnifique; la pluie,
les nuages noirs et les éclairs donnent une autre dimension au spectacle.
Il pleut toujours des cordes, Gaston n'en peut plus, on s'arrête à
La Feuillée. Obligé de monter le bivouac sous la pluie, je
suis trempé, les jambes sont lourdes, et le froid commence à
me pénétrer, il faut faire la soupe. Je regarde Gaston sous
la pluie, la tête basse, il n'a pas belle allure non plus.
Vendredi 8 Août 1997
Sixième étape. LA FEUILLEE - KERGLOFF (29 km) (cumul 132 km)
Gaston ne veut plus descendre les côtes. Je décide de prendre
la route express, il y a moins de côtes et le bas côté
est empierré. Gaston est tellement content de retrouver ses applombs
que le déplacement d'air et le bruit des voitures et camions qui
nous frôlent ne semblent même pas le gêner.
Une des nombreuses voitures qui nous dépasse s'arrête, le conducteur
m'annonce qu'il y a un reportage sur nous dans le Télégramme.
Direction Huelgoat pour acheter le journal. Nouvelle surprise : il y a 2
km de descente à pic pour y arriver, le revêtement de la route
est très lisse, et il n'y a pas d'accotement; une seule solution
le fossé. Malgré le soin que je mets à éviter
les buses des entrées de champs et les poteaux téléphoniques,
j'ai peur que les roues, la bache ou les arceaux de la charette en prennent
un coup, car bien qu'arquebouté sur les brancards pour aider Gaston
on se laisse entrainer par la vitesse.
On arrive au village en sueur tous les deux, il n'y a pas trop de casse,
juste un peu la bache mais ce n'est pas trop grave.
On passe devant un bar, un client qui nous a vu sur le journal sort et nous
invite à boire un coup. Le bar est fait de palettes, l'éclairage
est assuré par des bougies enfoncées dans des bouteilles de
cidre et le frigo est remplacé par une glacière, l'ambiance
est sympa, quelques bières, un seau d'eau et on repart.
Je n'ai même pas besoin d'aller jusqu'au bureau de tabac pour acheter
le journal car l'Âne Gaston est aussi célèbre que le
Lion d'Angers. Dans chaque bar, il y a quelqu'un qui a lu le journal et
qui nous invite pour boire un coup et écouter notre périple.
On reprend la route express direction Carhaix et on plante le bivouac à
Kergloff.
Samedi 9 Août 1997
Septième étape. KERGLOFF - ROSTRENEN (23 km) (cumul 155 km)
On passe Carhaix en créant quelques embouteillages, là aussi,
on semble assez connus. On reprend la voie express, ce n'est pas très
agréable sur le plan paysage, mais on n'a pas le choix car notre
objectif est de rentrer à pied à Saint-Aubin-du-Cormier soit
encore 180 km. Bivouac 4 km avant Rostrenen.
Dimanche 10 Août 1997
Huitième étape. ROSTRENEN - BON-REPOS (24 km) (cumul 179 km)
On reprend la voie express direction Gouarec, très belle petite ville
que l'on visite sous la pluie. Le soir on plante le bivouac à Bon-Repos,
près du canal. Le nom du site, Bon-Repos, me fait sourire car à
300 m il y a un spectacle son et lumière; la nuit va être calme
!!!
Lundi 11 Août 1997
Neuvième étape. BON REPOS - MUR-DE-BRETAGNE (18 km) (cumul
197 km)
Ayant l'intention de découvrir le lac de Guerlédan, je décide
de l'approcher par la forêt de Quénécan, le paysage
de la montagne est très joli, mais ça monte (altitude 256
m).
Ayant pitié de Gaston, je l'aide pour monter avec ma sangle et c'est
là que je m'aperçois qu'il se paie ma tête, car en fait
il ne tire plus, les chaines de traction sont relachées et en plus
il rigole de toutes ses dents...
On redescend sur le lac de Guerlédan, le spectacle est magnifique
mais la descente se fait encore dans le fossé.
On repart par le GR 34, la montée est terrible, mais Gaston s'accroche.
Vu l'énergie qu'il a déployé pour arracher la charette
dans cette pente, il en gardait certainement sous le pied dans les autres
côtes, me laissant tirer à sa place. C'est fini je ne l'aide
plus...
Arrivée à Mur-de-Bretagne, Gaston ne peut plus avancer sur
le bitume, aussi je plante le bivouac en plein milieu du carrefour près
du viaduc (photo) l'endroit est agréable mais insolite.
Mardi 12 Août 1997
Dixième étape. MUR-DE-BRETAGNE - LOUDÉAC (23 km) (cumul
220 km)
Ne pouvant continuer par la route, je décide d'emprunter le chemin
aménagé à l'emplacement de l'ancienne voie ferrée.
Le parcours est agréable, il n'y a pas de dénivellé
et le sol est sablonneux, ce qui convient aux sabots de Gaston.
Je descend seul à Saint-Caradec pour faire les courses afin de le
ménager. On poursuit notre route sur la voie ferrée, mais
à Loudéac elle s'arrête juste avant la gare. J'essaie
de mettre Gaston sur la route, mais c'est impossible, il a les sabots arrière
trop usés. Il faut s'arrêter, et c'est dommage on avait le
temps et le potentiel pour aller jusqu'au bout.
Enfin ma femme et mon copain reviennent nous chercher à Loudéac,
fin du périple et on pense déjà à la prochaine
expédition du printemps prochain : la Côte de Granit Rose (Trebeurden
à Paimpol) par les sentiers de douaniers avec Gaston bâté.
Jean-Pierre Bougon
33, rue de la Garenne
35140 Saint Aubin du Cormier
Tél : 02-99-39-14-68 |