Ferdinand, dans sa folie, a mis le Mont en Italie...


Résumé du voyage...

Le 25 avril, Ferdinand, Anne-Marie et Maître Jacques prenaient le départ pour un long périple qui allait durer dix semaines. Gilbert Mouchel, l'acharné de l'âne du Cotentin, et son équipe avaient organisé un départ médiatique, puisque, par son entremise, les caméras de la station FR3-Normandie s'étaient déplacées pour immortaliser sur la pellicule les images d'un bourricot s'enfonçant dans les eaux de la baie.

Car ne croyez pas que nos amis aient choisi la solution de simplicité. En effet, guidés par un connaisseur des traîtrises de la Baie, ils sont partis du Bec d'Andaine, comme le font encore aujourd'hui les pèlerins, et ont traversé les eaux de l'estuaire sur environ sept kilomètres, pour toucher enfin le pied du célèbre rocher. Ferdinand, bourricot émérite, était le premier âne à parcourir cet itinéraire. Pensez que la Sélune, qui se jette dans la baie, fait environ 900 mètres de large, et qu'aux endroits les plus profonds, l'eau vous parvient jusqu'à mi-cuisse, ce qui veut dire pour Ferdinand qu'il a le ventre dans l'eau et le bas des sacoches qui barbote...

Rajoutez à ce tableau la pluie qui tombe drue, le courant violent, l'eau glacée, le vent contraire, l'absence totale de visibilité, les bancs de sables mouvants, et vous en conclurez comme moi que Ferdinand est un âne d'une race supérieure, dont le Stud-book reste à ouvrir...

Ce 25 avril était le premier jour de pluie après des semaines de sécheresse absolue. Et cette fidèle amie des randonneurs a accompagnés nos voyageurs pratiquement jusqu'à Venise. Ce printemps 97 a été le plus pourri depuis l'invention de la douche...

Mais au-delà de ces détails humides, il reste des millions d'images, la traversée de la Normandie, du Perche, de la Beauce, de la Bourgogne, de la Franche-Comté. Beaucoup de sourires, d'amitié, et d'hospitalité, tant le petit âne ouvre les coeurs.

Après cinq semaines de marche, le jour où les Français élisaient leurs nouveaux députés, nos amis, effrayés par le changement politique, passaient la frontière suisse, les sacoches chargées de toutes leurs économies. Autre pays, vivant, fleuri, accueillant, protecteurs des animaux, mais hélas trop cher pour nos maigres bourses. Trois semaines à grimper les crêtes du Jura, puis les cols des Alpes. Un paradis pour randonneurs, si ce n'était la météorologie toujours aussi désastreuse.

Au-delà des Grisons, tout là-bas, à Poschiavo, nous attendait la frontière italienne, ainsi que de monstrueux orages qui transformaient en torrents de boue le moindre routin, rendant notre route très dangereuse, et emportant accessoirement quelques maisons et ses habitants vers le repos éternel. Il ne restait plus que deux semaines pour arriver enfin au bord de la lagune.

Au matin du 5 juillet, ou plutôt en fin de nuit, discrètement, nos amis se sont glissés subrepticement sur le pont de la Liberté, qui relie Venise au continent. En arrivant Piazzale Roma, à l'aube naissante, ils ont soigneusement évité les cars de carabiniers, puis ont prestement enfilé les petites rues et les centaines de ponts, en suivant un itinéraire minutieusement établi. Enfin, après un parcours sans faute, nos trois compères arrivaient place Saint-Marc, alors que sonnait le campanile et que le soleil perçait la brume sur une des plus belles places du monde. Photos, émotion, instants d'une rare beauté...

Ensuite, sans état d'âme, nos amis se sont mis à la recherche d'un endroit pour installer le campement et le bourricot. Ceux qui connaissent Venise apprécieront le défi. Avec la complicité d'un moine, ils parvenaient finalement à dénicher un petit morceau de prairie, où dormait d'ailleurs un tas de foin, afin de partir tranquilles à la découverte de la Perle de l'Adriatique. De l'herbe et du foin à Venise, mais oui...

Deux jours plus tard, la ville entière était au courant de l'asinello qui broutait là-bas, sur l'île de Santa Elena, et il devenait temps de partir avant que les Vigiles Urbains ne se montrent trop curieux...

C'était la fin d'un beau voyage hors du temps, deux mois et demi de rêves et de paysages, au pas lent d'un sympathique bourricot.


Je t'en foutrais, moi, de l'émotion ! Ça faisait 2.000 kilomètres que je me trimballais tout leur fourniment sur le dos, pendant que Monsieur et Madame roucoulaient la bouche en coeur. Ensuite, sachez-le, si j'ai fait le pitre, c'était juste pour essayer de garder l'équilibre dans leurs saloperies de montagnes. Quand je me reposais quelques minutes, complètement épuisé, ces deux ahuris me traitaient de gréviste et de fainéant. D'abord c'est pas vrai du tout ! En vérité, je suis gentil, discipliné, fidèle, et sage comme une image... En outre chacun me trouve très beau...


Lettre aux amis avant le départ...

Nous voulions, Ferdinand et moi, prendre le cap cette année dans l'anonymat des lendemains de cuite, quand la grisaille du cerveau vous fait confondre le futur et le temps qu'il fait, le passé simple et le plus-que-ras-le bol.

Nous serions ansi partis, silhouettes anonymes et mélancoliques, pieds et sabots labourant le sable salé, noyés au coeur de la brume magique qui ensorcelle la Merveille de l'Occident, le Mont-Saint-Michel.

Mais le Club des groupies de Ferdinand, l'IFFC (Ze international Ferdinand's fan club) en a décidé autrement. C'est comme ça, ma bonne dame, on n'y peut rien.

Impossible nous est désormais de brouter les prés-salés tranquillement, et de cheminer benoîtement au milieu des pissenlits en rut et des asphodèles en dentelle.

Il nous faut rendre compte de notre lente avancée vers l'Orient, vers une autre merveille, protégée par la mer, j'ai nommé Venise la Belle, perle d'eau posée sur un écrin de marbre opale.

Normandie, Perche, Orléanais, Bourgogne, Jura, Helvétie, Grisons, Haut-Adige, une dizaine de semaines à respirer le printemps qui monte et la vie qui revient dans nos vieux os vermoulus par un hiver au Marais.

Anne-Marie sera du voyage, puisqu'elle a désormais goûté au fruit défendu, et que la seule vue d'une chaise et d'un bureau lui déclenche une crise de larmes inextinguible et très mouillée...

Alors voilà... Là, en bas de cette page stupide, sont écrits l'où-qu'on-sera et le quand-qu'on-passera. Que ceux qui nous aiment très beaucoup nous écrivent leurs états d'âmes, que nous confierons aux étoiles qui passent.

Le timbre pour la Suisse, comme pour l'Italie, est de 3 francs, et le délai d'acheminement d'environ quatre à cinq jours. A vos plumes !

Après les crampons en montagne, voilà qu'ils veulent me faire porter des palmes... De quoi j'aurai l'air, moi, remontant à la nage le Grand Canal, comme un ragondin mouillé, au risque de me faire couper en deux par une gondole effilée... Et ce sera déjà bien beau si je ne laisse pas ma vie dès le départ, dans les sables mouvants qui vont me bouffer tout cru... Chienne de vie...


L'idée du voyage...

Il était encore écrit cette année 1997 que les grandes oreilles de Ferdinand ne resteraient pas à écouter placidement les oiseaux du Marais Vendéen.

Alors que l'hiver tirait sa flemme et que le printemps bourgeonnait, Maître Jacques, pris d'une fièvre quarte (on écrit aussi fièvre carte), compulsait avec nervosité les atlas de la vieille Europe, se demandant bien sur quels sentiers courir la campagne et le guilledou.

Après d'intenses recherches, des nuits blanches (mais aussi d'autres couleurs), des angoisses, des crises de tétanie, des éruptions eczématiques, des crampes violentes, le regard de notre coureur de brousse se posa enfin, dans une illumination mystique, sur le rocher du Mont-Saint-Michel.

Ça, c'était pour le départ. Restait à déterminer l'arrivée... Car pour les ignorants qui liraient ces lignes d'un air distrait, sachez que tout voyage se caractérise par un départ et une arrivée. Sinon, c'est que le voyage en question s'est mal déroulé, c'est-à-dire qu'on n'a pas pu partir, ou pire, qu'on n'est pas arrivé...

Le Mont-Saint-Michel, forteresse au milieu de l'eau... La seule cité digne de concourir avec ce joyau de l'Occident ne pouvait être que Venise la Belle, isolée depuis dix siècles au milieu de sa lagune. Deux villes dans la mer, que nous allions relier par un trait de lumière.

etc...


La Traversée de la Baie du Mont-Saint-Michel...

Qui a dit que les ânes avaient peur de l'eau ?

25 avril 1996

Cela fait trois mois que l'anticyclone protège le ciel de Normandie de toute incursion nuagelesque, au point que les verts pâturages normands affichent tous une teinte pâlotte, que rivières et fleuves crient leur soif. Certains cultivateurs, lisait-on dans "La Manche Libre", envisageaient déjà de remplacer leurs percherons par des chameaux, de rajouter le suffixe "oasis" aux noms de leurs cités, et commandaient des djellabas de travail aux coopératives agricoles...

Rassurés par cet acquis météorologique, allons-nous pour une fois randonner au sec ? Rien n'est moins sûr, car ce diable d'anticyclone, en quelques jours, a perdu lentement sa bedaine, et laissé pénétrer sur son fief, pendant la nuit précédente, quelques nuées qui n'ont rien de réjouissant.

D'ailleurs sitôt ouverts les volets de la chambre, il est entendu, clair et lumineux que saint Médard, qui a longuement veillé sur mes randonnées précédentes, a décidé de me prodiguer encore une fois toutes ses bontés humides. Il crachine, il pleut, il fouette, et la Normandie m'apparaît soudain très normande...

Trois mois d'un soleil absolu et resplendissant, et le jour où nous prenons le départ correspond exactement au retour de la flotte... C'est à désespérer... Saint Michel, du haut de sa basilique, qui devrait nous indiquer la route à suivre, droit vers l'Orient, a tellement honte qu'il se cache sous un drap de brume.

Heureusement que la pluie du matin n'arrête pas le pèlerin, car notre beau périple se serait alors immédiatement terminé. Contre mauvaise fortune, il nous faut faire bon coeur et tête de mule, et considérer la céleste douche comme une épreuve de plus sur la longue route du bonheur. Secs ou mouillés, nous partirons donc, et serons heureux, à défaut d'être vraiment contents.

Et ce sont les mêmes gestes, mille fois répétés, qui deviennent routine : Pointer une dernière fois la liste du matériel, contrôler que rien n'est oublié dans la remise, harnacher notre gentil bourricot, sangler sans trop serrer, accrocher les sacoches, vérifier rabats et fermetures, caler les duvets, la tente, le double-toit, le piquet de nuit, enfiler la veste de randonnée, remplir la gourde, disposer le porte-cartes, saisir fermement le bâton de marche, et effectuer les premiers pas du grand voyage.

Dans deux mois et demi, si Ferdinand a tenu le coup, si nos carcasses n'ont pas lâché, nous devrions parvenir au pied du palais des Doges, tout au milieu de la lagune de Venise. Deux mois et demi, dix semaines à marcher, pas après pas, pour rejoindre Saint-Michel et Saint-Marc par l'invisible lien qui crée l'Histoire.

Ce matin, Ferdinand, mon brave bourricot, accepte sans rechigner sur son dos les soixante kilos de bagage qu'il portera fidèlement jusqu'au bout. Il est vrai que sa puissante musculature supporte allègrement cette charge, de par ailleurs bien répartie par un coussin très épais et un bât professionnel, dont j'ai pu juger les qualités au cours de mes précédentes randonnées. Après un hiver au Marais, Ferdinand semble heureux de trotter à nouveau auprès de son maître. Brave petite bête, je ne me lasserai jamais d'admirer sa gentillesse et son courage.

Anne-Marie m'accompagne pour ce voyage, ce qui explique la quinzaine de kilos supplémentaires que Ferdinand se coltine. Même en calculant chaque objet au plus juste, même en sabrant dans l'essentiel, on ne part pas dix semaines en randonnée au long cours sans un minimum de matériel. En effet, compte-tenu du relief montagneux que traverse notre itinéraire, nous allons rencontrer en deux mois et demi les quatre saisons, ce qui implique déjà un jeu de vêtements complet pour tous les types de temps.

Un dernier regard et nous quittons cette petite chambre d'hôtes blottie au coeur d'un charmant hameau du Cotentin. Nous sommes désormais livrés à nous-mêmes. Adieu confort et chaumières... Toutefois, aujourd'hui, en dépit de la pluie qui ricane, je ne céderais ma place à personne d'autre. Sentir au bout de la longe le pas décidé de mon Ferdinand, entendre dans chacune des fibres de son corps l'appel au voyage, le besoin de partir, la certitude des découvertes, sont des sentiments à nul autre pareils.

En quelques minutes, l'ensemble du bagage est totalement trempé. mais ce n'est qu'apparence. En effet, nos sacoches, ainsi que le sac qui abrite les duvets, possèdent une double peau : d'abord une solide membrane intérieure plastique, cousue et collée, empêchant toute intrusion aquatique, puis une enveloppe extérieure en toile de bâche, qui amortit les griffures de ronces et de barbelés. La pluie imprègne bien sûr la toile de bâche, mais son invasion s'arrête là, respectant notre seul confort, c'est-à-dire la sécheresse de nos vêtements et de nos sacs de couchage.

14 heures 30 : Nous voici sur les dunes du Bec d'Andaine, dernière pointe de terre avant l'immensité salée. En effet, nous avons le privilège, pour le premier jour de ce long voyage, de traverser une des baies les plus célèbres du monde, sur les traces des pèlerins qui venaient autrefois au Mont vénérer l'Archange. Cette traversée revêt toujours un caractère hautement symbolique : c'est le rite antique de l'immersion baptismale, suivi de l'accostage sur une autre rive d'un homme nouveau, lavé, purifié. S'y ajoute au Mont-saint-Michel la difficulté technique et la longueur de l'obstacle. Le pèlerin qui parvient au pied du rocher sacré a bien mérité son repos. Il offre sa prière sur un lit de fatigue et de froidure.

En raison des marées, il était impossible de tenter l'aventure avant le début de l'après-midi. Mais nous ne devons pas perdre de temps, car si un incident survenait, comme le refus de Ferdinand de s'engager dans les criques, il nous faudrait rebrousser chemin avec une marge suffisante pour retrouver la rive en toute sécurité. Les hélicoptères de la Sécurité Civile sont équipés pour hélitreuiller des piétons égarés, mais certainement pas pour récupérer des ânes en vadrouille dans les sables...

Prévenus par nos amis de l'association de réhabilitation de l'âne du Cotentin, les reporters de la station de télévision FR3-Normandie sont venus croquer sur le vif un spectacle exceptionnel et unique. Pour la première fois, un petit âne va tenter la traversée de la baie du Mont-Saint-Michel, par le chemin traditionnel des pèlerins. Habituellement, pour des raisons de sécurité, les chevaux traversent les rivières beaucoup plus en amont, dans le creux de la baie.

Bien entendu, il nous faut répondre à la curiosité de nos amis journalistes, qui veulent tout savoir de notre périple. Et pourtant il est toujours dangereux de décliner ses buts lors d'une interview au départ d'une telle expédition, car de nombreux impondérables peuvent survenir. Maladie, accident, stupide foulure, fatigue, peuvent très bien stopper net à tout moment le beau projet. C'est aussi la philosophie du voyage : il faut savoir être humble, tout mettre en uvre pour aller au bout, mais accepter à l'avance un échec, et en tirer les leçons pour mieux rebondir.

Mais que cela nous plaise ou non, nous sommes porteurs d'un beau rêve, un rêve d'itinérance et de nomadisme, et les oreilles de notre petit bourricot vont distribuer un peu de poussière d'étoiles dans les foyers normands par l'intermédiaire de la boîte magique. Ainsi, grâce à la télévision, le soir-même, notre départ sera annoncé sur les ondes au journal régional. Cette émission nous sera bien utile, car elle nous ouvrira de nombreuses portes jusqu'en Touraine. Ah la célébrité, ma bonne dame...

Un guide va nous montrer le chemin sur le sable, car il est extrêmement périlleux de s'aventurer seul dans la baie. De nombreux imprudents, trop sûrs d'eux, y ont laissé la vie. Les passeurs de la baie connaissent les endroits dangereux, mais ils doivent effectuer de fréquentes reconnaissances car le cours des rivières ne cesse de changer. Tel gué praticable voici une semaine peut devenir impassable aujourd'hui. Telle rivière où l'on piétinait la veille dans dix centimètres d'eau peut désormais receler des trous d'eau fort dangereux.

Les guides savent bien les endroits où se forment les sables mouvants, où il est fort déconseillé d'aller poser ses sabots... On en trouve notamment dans les "criques", sortes de bras d'eau où se dépose ce sable traître. Lorsqu'on entre dans une telle zone, l'effet est très curieux : on peut y danser comme on le ferait sur un "water-bed", à la seule condition de ne jamais déposer le pied au même endroit. Il est bien sûr hors de question d'aller y risquer la vie de Ferdinand.

Pour ceux, forts de leur science topographique, que tenterait l'aventure d'une traversée sans guide, sachez que la carte IGN de la baie du Mont-Saint-Michel est l'exemple type du travail inutile. En effet, la topographie des lieux est tellement changeante que la photographie prise par satellite, qui sert de base au travail des géographes, est périmée dès le lendemain. En raison de la violence des courants de marée, du volume de sédiments en suspension dans l'eau, les rivières ont migré de quelques centaines de mètres, les bancs de sable sont partis tourismer plus au sud et les sables mouvants plus au nord. Ainsi les dessinateurs de notre Institut National se sont-ils escrimés à représenter de jolis méandres de couleur pastel qui sont depuis longtemps engloutis... Les seuls éléments fiables de cette carte restent les deux rochers qui gardent la baie : Tombelaine et le Mont-Saint-Michel. Pour le reste, ce n'est que vase évanescente et sable inconsistant...

Aujourd'hui, en plus des dangers habituels, vase, sables mouvants et bras d'eau, se dresse devant nous le rideau d'une pluie violente et dense. La silhouette familière du Mont est totalement invisible. Seul l'îlot de Tombelaine, à trois kilomètres, se laisse entrevoir. Du Bec d'Andaine au Mont-Saint-Michel, on compte, en raison des tours et détours, environ sept kilomètres. Car le plus court chemin, pour traverser la baie, n'est pas la ligne droite, et notre guide effectuera de nombreux zigzags afin d'éviter les zones dangereuses.

Nous nous sommes mis en tenue adéquate pour entreprendre la traversée : pieds-nus et short, mais c'est loin d'être un plaisir, car la température n'incite pas particulièrement au bain de soleil. Nous nous sommes munis également de l'instrument idéal pour garder l'équilibre dans le courant, un solide bâton de marche. Le haut du corps, lui, est chaudement encapuchonné de tricots et de chemises.

Au départ de la traversée, nous avançons sur un sable dur, ridé par la houle. Ferdinand me suit sans crainte sur ce sol étrange qu'il foule pour la première fois. La première rivière, pourtant large d'à peine 20 mètres, va provoquer une première frayeur. Bien que nous suivions scrupuleusement les traces laissées par les orteils de notre guide, je m'aperçois rapidement que Ferdinand peine à retirer ses sabots du fond de la rivière. La consistance du sable est assez forte pour nos pieds, mais trop faible pour ses petits sabots. Par sécurité, il faut faire demi-tour et rechercher un peu plus loin un endroit plus propice. Nous longeons ensuite une longue langue de sable où officient de nombreux pêcheurs, stupéfaits de voir un bourricot visiter leur territoire marin.

Aux approches du rocher de Tombelaine, c'est une difficulté bien plus éprouvante qui attend notre petit âne : la Sélune, la principale des rivières qui se jettent dans la baie, fait aujourd'hui une largeur d'environ 800 mètres. A la suite du guide, nous nous engageons dans l'eau, qui nous parvient rapidement à mi-cuisse. Le short est bientôt imprégné et l'eau, par capillarité, remonte vers la ceinture. Ferdinand, lui, trouve tout-à-fait naturel d'avoir le ventre baignant dans l'eau salée... Nos deux sacoches barbotent allègrement et le clapot, poussé par le vent, se charge bien vite de les humecter à refus. C'est en de tels moments qu'on se souvient avec angoisse des longues heures passées à étanchéifier le bagage, et qu'on prie saint Michel de n'avoir oublié aucune couture...

Par mesure de sécurité, je tiens Ferdinand à la longe assez court, afin qu'il suive exactement notre trace et ne pose pas ses sabots sur des zones molles. A ma grande surprise, il est entré dans la mer sans aucune appréhension... Quand je pense que quatre ans auparavant, lors de ses premiers pas d'âne-randonneur, il faisait le tour d'une flaque d'eau... Il me suit, confiant, et marche d'un bon pas. Il est vrai qu'avec ses quatre pattes, notre âne bénéficie d'un équilibre supérieur à nous autres, malheureux bipèdes vacillants sous les rafales de vent...

Faute de soleil et d'horizon, nous progressons dans une pluie brouillasse poussée par un vent d'ouest soufflant en bouffées méchantes. En sens contraire du vent, arrivant de l'est, le courant de la Sélune, très violent, scie nos jambes et tente de nous déséquilibrer à chaque pas. L'eau est absolument glaciale, et nos jambes prennent rapidement une couleur violacée. Aucune visibilité, aucune notion de rive. Nous marchons dans la mer, pas après pas, sans apercevoir le terme de cette marche. Ce monde en blanc et gris est totalement déroutant. Seule façon pour que la tête ne tourne pas : tenter de fixer un point aussi loin que possible et focaliser son attention sur cet endroit. A cet instant, pour la première fois, je comprends à quel point on peut mourir très vite dans cette baie si on commets l'imprudence de s'y aventurer seul, surtout lorsque la météorologie se montre capricieuse.

Seul notre guide, habitué à ces conditions extrêmes, trace imperturbablement sa route dans cet océan liquide, sondant l'eau et le sable de son bâton. Nous avons une confiance absolue dans son jugement et suivons sa silhouette à demi-cachée par la pluie. Un peu plus loin, d'autres groupes entreprennent la traversée, suivant également leur bon samaritain. Tous les passeurs sont reliés entre eux par radio et se transmettent les informations sur le secteur qu'ils parcourent. Lorsque survient l'heure de la marée montante, ils font double veille afin de repérer au plus vite l'inconscient qui se serait égaré hors des itinéraires.

Ferdinand semble totalement étranger à nos angoisses. Le tournis, le vertige, le froid, le courant, les vagues, paraissent lui faire autant d'effet qu'un piquant de chardon dans une touffe de trèfle... Il avance son petit bonhomme de chemin aquatique comme s'il avait passé toute sa vie à patauger dans la Grande Bleue...

Enfin, lentement, très lentement, le niveau du sol remonte. Nous pataugeons encore quelques centaines de mètres avant de prendre pied sur un immense banc de sable plus ou moins dur qui va nous emmener jusqu'au Mont. Sa silhouette fantomatique, après s'être fait tant désirer, commence enfin à percer la brume.

Le rocher de Tombelaine est juste à côté, la pluie s'est calmée un peu. Nous avons effectué la moitié du parcours. Le reste maintenant n'est qu'une promenade. De Tombelaine au Mont-Saint-Michel, il y a trois kilomètres en ligne droite, mais il est impossible d'aborder le Mont par l'ouest, en raison du Couesnon qui y déroule ses méandres humides et traîtres. Il nous faut effectuer une grande boucle par l'est qui nous amène à la hauteur du parc à voitures. Ferdinand, assoiffé par le trajet, voudra se désaltérer dans une crique, mais sans prendre le temps de goûter, comme il le fait d'habitude... Il avale d'un souffle une grande goulée d'eau salée, nous fait une grimace à faire peur au diable, puis recrache le tout avec un air de profond dégoût... Durant de longues minutes, il tentera de se débarrasser de cette ingestion indésirable...

Crottés comme des vers de vase, nous parvenons à la porte de la plus célèbre abbaye de l'Occident. Une fontaine est à la disposition des pèlerins afin qu'ils se nettoient avant de fouler les rues de la Merveille. Mais il faudra de vigoureux frottements pour décoller cette tangue amoureuse. Si les bains de boue sont salutaires aux articulations, alors nous venons de faire provision d'une jolie dose de bonne santé... Les policiers municipaux, souriants, posent avec bonne humeur auprès de ce drôle de voyageur venu visiter leur territoire.

Les caméras de FR3 ont fait les trente kilomètres de détour par les routes qui encerclent la baie pour venir filmer les ultimes péripéties de l'arrivée de ces curieux pèlerins. Nos amis de l'association de réhabilitation de l'âne du Cotentin, leur président Gilbert Mouchel en tête, sont venus également nous faire un dernier adieu. Attention délicate qui réunit les amoureux des peluches aux longues oreilles...

A suivre...


Etats d'âmes et crise d'identité...

Quant à moi, pauvre passant, je n'ai plus qu'à m'empoisonner à petites doses en glougloutant... A ce propos, il est temps maintenant d'évoquer les conditions de travail déplorables qui sont le lot des randonneurs professionnels, conditions largement méconnues par la population sédentaire :

- D'abord il faut rappeler que tous les sentiers GR sont tracés en campagne, ce qui est dangereux car nombre de chemins sont mal entretenus, lamentablement pavés, et qu'on peut à tout moment s'y tordre une cheville ou s'y déchirer un tendon. Or aucune prime de risque ne vient compenser cette dangerosité potentielle.

- Ensuite la plupart des villages sont désertés, sans ravitaillement, et l'on est obligé de marcher à demi-affamés, à la limite de l'anémie. Aucun ticket-restaurant ni parachutage de vivres n'est prévu ni organisé.

- Il n'y a pas de week-end. On bosse sept jours sur sept, ce qui est contraire à toute tradition ouvrière et en contradiction formelle avec le Code du Travail.

- La journée de marche est bien plus longue que la journée normale d'un travailleur. Elle commence souvent très tôt, avec le lever du soleil, pour s'achever dans la lassitude, au coucher de l'astre, sans qu'aucune heure supplémentaire ne vienne rémunérer ces interminables journées de labeur. D'autant plus qu'une pléthore de candidats, en cette période de campagne législative, préconisent sur leurs affiches électorales d'abaisser le temps de travail à 35 heures, voire à 32 heures tout de suite. Nous autres pauvres randonneurs de métier, nous ne pourrons même pas demander les "x" heures sans perte de salaire, puisque nous n'avons même pas de salaire.

- Comme le balisage du sentier est quelquefois extrêmement discret, nous nous perdons souvent dans des chemins sans issue, et effectuons d'interminables détours pour retrouver notre itinéraire. Qui va rémunérer ces heures de recherche et d'angoisse ?

- Sans compter que marcher ainsi des lieues et des lieues va forcément générer des maladies professionnelles invalidantes : varices douloureuses, inflammations rémanentes, tendinites à répétition, bronchites chroniques, ampoules grillées, durillons, ils-de-perdrix. Et personne ne nous suit médicalement, puisque le slogan officiel claironne "Un jour de sentier, huit jours de santé".

Note de l'éditeur : ne faites pas attention, c'est une crise de paludisme léger attrapée dans les herbus du Mont-Saint-Michel...


Pluie, averses et autres bontés...

Bercée par le murmure de la forêt voisine, la nuit fut excellente, sans aucune coupure, une de ces nuits douces et tranquilles qui illuminent la journée qui suit. Pourquoi certains soirs s'endort-on comme un bébé pour une dizaine d'heures, alors que parfois le sommeil tarde à venir, et qu'on se tourne et retourne sans trouver le repos. Pourtant la lassitude est la même après une trentaine de kilomètres, et le corps réclame la détente qui lui est nécessaire. Il est vrai que durant les premières semaines d'un grand voyage, le campeur doit s'habituer au changement de couche, et chacun des muscles et os doit apprivoiser un terrain qui n'est pas toujours très lisse. Certes la peau de mouton sur laquelle s'étend le duvet adoucit creux et bosses, mais il est difficile de trouver pour deux personnes une surface parfaitement plane. En dépit du soin mis à dénicher l'emplacement idéal, il existe toujours un morceau de racine, un caillou, une touffe d'herbe qui viennent chatouiller les vertèbres au moment où elles auraient besoin de décontraction...

Si la nuit fut bonne, il n'en est pas de même quant à la journée qui s'annonce. Si je compte bien, nous en sommes à notre septième jour de pluie. La garce n'a pas cessé de nous aguicher depuis Bellême, et ça continue aujourd'hui... A peine émergeons-nous du sommeil que la flotte tambourine sur le double-toit. Certes c'est une pluie molle et fine, mais une pluie humide quand même... Résultat de cette météo à l'accent nordique, et de la sombre couverture nuageuse, le clocher d'Ingrannes sonne 10 heures au moment du départ. Le ciel uniformément triste qui recouvre nos vacances s'annonce sans pitié.

C'est le moment de faire le point sur cette succession de journées à la consistance d'éponge, en se plaçant sur le point de vue du linge :

- Version pessimiste des évènements, destinée à tous ceux qui rêvent de nous accompagner sur les chemins avec Ferdinand : les dernières chaussettes achèvent de pourrir dans la poche de linge à sécher. Dans la tente, l'air devient difficilement respirable et le fromage se colore en vert-de-gris...

- Version optimiste : il nous reste encore une paire de chaussette sèche et propre, que nous allons partager fraternellement...

Ingrannes : joli petit bourg où règne cette atmosphère si particulière des dimanches matin. Aujourd'hui c'est le concours de pétanque, réunion importante pour les anciens. C'est aussi pour les ménagères du village l'heure des courses à la petite épicerie. La logique froide voudrait qu'on planifie les besoins pour la semaine et qu'on procède en une seule fois au remplissage des placards et du réfrigérateur. La plupart des maîtresses de maison auraient certainement pu acheter la veille ce qu'elles viennent chercher ce matin, mais il y a bien autre chose dans leur démarche que l'acte d'achat. Faire ses commissions, c'est également se rencontrer, parler, exister, c'est vivre tout simplement. C'est le même geste que font les hommes quand ils rentrent au bistrot. La plupart de ceux qui fréquentent les comptoirs vont boire un coup alors qu'ils n'ont absolument pas soif, le verre étant un simple prétexte à la convivialité.


Randonneur grognasson...

A ce propos, il est temps maintenant d'évoquer les conditions de travail déplorables qui sont le lot des randonneurs professionnels, conditions largement méconnues par la population sédentaire :
- D'abord, il faut rappeler que tous les sentiers GR sont tracés en campagne, ce qui est dangereux car nombre de chemins sont mal entretenus, lamentablement pavés, et qu'on peut à tout moment s'y tordre une cheville ou s'y déchirer un tendon. Or, aucune prime de risque ne vient compenser cette dangerosité potentielle.
- Ensuite, la plupart des villages sont désertés, sans ravitaillement, et l'on est obligé de marcher à demi-affamé, à la limite de l'anémie. Aucun ticket-restaurant ni parachutage de vivres ne sont prévus ni organisés.
- Il n'y a pas de notion de week-end. On bosse sept jours sur sept, ce qui est contraire à toute tradition ouvrière et en contradiction formelle avec le Code du Travail.
- La journée de marche est bien plus longue que la journée normale d'un travailleur. Elle commence souvent très tôt, avec le lever du soleil, pour s'achever dans la lassitude, au coucher de l'astre, sans qu'aucune heure supplémentaire ne vienne rémunérer ces interminables périodes de labeur. D'autant plus qu'une pléthore de candidats, en cette période de campagne législative, préconisent sur leurs affiches électorales d'abaisser le temps de travail à 35 heures. Nous autres, pauvres randonneurs de métier, nous ne pourrons même pas demander les 35 heures sans perte de salaire, puisque nous n'avons même pas de salaire.
- Comme le balisage du sentier est quelquefois extrêmement discret, nous nous perdons souvent dans des chemins sans issue, et effectuons d'interminables détours pour retrouver notre itinéraire. Qui va rémunérer ces heures de recherche et d'angoisse ?
- Sans compter que marcher ainsi des lieues et des lieues va forcément générer des maladies professionnelles invalidantes : varices douloureuses, inflammations rémanentes, tendinites à répétition, bronchites chroniques, ampoules grillées, durillons, oeils-de-perdrix. Et nul médecin du Travail ne nous suit médicalement, puisque le slogan officiel claironne "Un jour de sentier, huit jours de santé".

Note de l'éditeur : ne faites pas attention, c'est une crise de paludisme léger attrapée dans les herbus du Mont-Saint-Michel...


Nuit d'orage...

Depuis mon bivouac dans la montagne de Galice, voici quatre ans, je n'avais subi une telle nuit d'épouvante. Chaque demi-heure, arrivant du lac, montait une nouvelle vague d'orage, sitôt que la précédente avait épuisé son énergie. Un déferlement incessant de bataillons d'assaut...
La vie dans les tranchées de 14-18 devait ressembler à un enfer comme celui-ci, lorsque se déchaînaient les bombardements. Je n'ai pas fermé l'oeil une seconde, tant la grosse caisse du céleste orchestre était proche de la tente. Les coups étaient si forts que les boules Quiès s'avéraient totalement inopérantes. Quant à la lumière provoquée par les éclairs, elle aurait permis de lire le journal. La vallée entière tremblait, vibrait, grondait, s'illuminait, craquait, sous la violence de la Nature en furie.
C'est au cours de cette nuit que j'ai éprouvé la plus grande frayeur de toute ma vie. Un éclair monstrueux a soudain illuminé la vallée, si proche que, toutes paupières fermées, la tête sous le duvet, j'ai perçu un immense flash. A cet instant précis, mes cheveux, et tous les poils de mon corps se sont brusquement dressés, en même temps qu'un picotement curieux agitait ma peau. Sensation terrible, et peur animale. J'ai pensé, en un dixième de seconde :
- "Ça y est, je vais mourir"
Et tout aussitôt s'est abattu un vacarme qui a déchiré toutes les cellules de mon cerveau. C'est certain, nous étions au coeur de l'éclair, et la foudre venait de nous toucher. Rétrospectivement, ma réaction est stupide, puisque le bruit n'est que la manifestation secondaire de l'éclair. Si j'avais dû mourir, c'était foudroyé par l'éclair, et non pas assassiné par le bruit... Mais tout s'était passé trop vite pour que j'aie le temps d'y rechercher une logique. Une chose est sûre : la foudre venait de s'abattre dans notre proche périmètre.
Après cet épisode, je me souviens avoir dit, à haute voix :
- "Je suis toujours vivant"
Puis j'ai touché Anne-Marie, tout simplement pour m'assurer qu'elle n'avait pas été tuée par la foudre. Elle s'est alors blottie dans mes bras pour tenter de trouver le repos.
Quelque part dans le champ, il se trouvait un petit Ferdinand, qui devait se demander la faute qu'il avait commise pour subir pareil châtiment. Et si l'éclair l'avait assassiné...


Arrivée place Saint-Marc...

Derrière nous, se tait l'ultime rumeur de la civilisation, dont les pots d'échappement viennent éructer leurs dernières vapeurs délétères sur la piazzale Roma. Devant nous, s'ouvre le livre d'une histoire arrêtée depuis bien longtemps : des quais étroits tapissés de granit, des ponts minuscules appareillés de pierre blanche et de brique rouge, des canaux encore paisibles au long desquels patientent gondoles, péniches et canots, de belles demeures endormies au parfum suranné, des palais décrépis proclamant toujours la grandeur de la cité.
Par-dessus tout règne le silence, qu'on savoure, qu'on déguste à chaque seconde, ce délicieux silence de Venise à peine souligné par le clapotis de l'eau et le grincement des coques les unes contre les autres. Une ville entière sans voiture, sans mobylette, sans bicyclette, sans planche à roulettes, une ville entière sans bruit. Une cité où l'on peut se promener la tête en l'air, totalement distrait, sans jamais risquer de se faire heurter par un tas de ferraille. Un paradis où les matous peuvent se livrer à des siestes somptueuses en plein milieu du pavage sans être jamais écrasés par un pneu méchant.
Ferdinand, en digne fils spirituel de la Sérénissime, enfile les ruelles et escalade les ponts comme s'il y avait brouté toute sa vie. Lui qui est si méfiant d'habitude devant les passerelles, les rambardes et l'eau dormante, ne montre à présent aucune appréhension... Il est vrai que tous les ponts sont en dos d'âne, alors entre cousins...
Dans cette partie de la cité, loin du centre touristique, bien peu d'habitants sont encore levés. Les quelques Vénitiens qui arpentent les rues nous font un large sourire. Ce n'est certes pas tous les jours qu'un bourricot venu de France leur rend visite...
Voici enfin le ponte Accademia, construit en bois, dont l'arche mesure une trentaine de mètres. Une volée de marches pour nous hisser dix mètres au-dessus de l'eau, et c'est la première apparition du Canale Grande, le célèbre Grand Canal, aux rives enluminées de somptueux palaces. Un Vénitien nous met en garde :
- "Ils ne vous laisseront pas passer..."s

Mais il faut croire que "ils" roupillent encore profondément, puisque les voies semblent libres de toute force de police. Le campo San Vidal, le campo Francesco Morosini, la calle Spizzer, le campo Maurizio, la calle Zaguri, le campello Feltrina, la calle Ostreghe, la calle larga 22 Marzo, la calle San Moisé, et enfin, devant nous, la colonnade qui délimite la place la plus célèbre du monde...
Il est exactement 7 heures ce 4 juillet, quand nous posons nos pieds avec beaucoup d'émotion sur la piazza San Marco, dans une poussière de soleil, alors que le campanile sonne à pleine volée. Anne-Marie essuie une petite larme, les pigeons s'envolent, et nous nous embrassons tendrement. Le beau voyage s'achève à cet instant, sous une apothéose de lumière dorée, face aux mosaïques multicolores de la basilique Saint Marc.
Ces quelques minutes de bonheur absolu valaient bien dix semaines de sacrifices...


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