
Voici le document qu'utilisent désormais tous les marcheurs vers Compostelle.
Venant en complément des topo-guides existants, qui
assurent avec brio la partie historique et géographique
du chemin de Saint-Jacques, le "miam-miam-dodo" apporte
les précisions essentielles au randonneur : où dormir,
où manger, et à quel prix ?
Dans un fuseau de 5 kilomètres de part et d'autre du GR
65, entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port, tout a été
répertorié : accueils religieux, hôtels,
gîtes d'étape, chambres d'hôtes, campings,
cafés, restaurants, postes, boulangeries, épiceries,
charcuteries, pharmacies, banques, etc...
Prix et conditions sont précisés, afin que le pèlerin sache exactement où il pose son sac, et qu'il ait le choix de ses hébergements, en fonction de ses convictions, de ses goûts et de l'épaisseur de sa bourse.
Dans un même esprit, un petit symbole permet au cavalier et au conducteur d'âne de préparer leur pèlerinage en fonction des nécessités de leur animal.
Ami pèlerin, bon voyage !
Les topo-guides existants, s'ils possèdent une partie
historique et descriptive très bien documentée,
sont toujours en retard par rapport à l'infrastructure
du chemin. En effet, pour des raisons de coût, les éditeurs
sont obligés d'imprimer un grand nombre d'exemplaires en
une seule fois, dont la distribution s'étalera sur plusieurs
années.
D'autre part, les topo-guides ne donnent la plupart du temps que
les services situés sur le chemin. Dans cet ouvrage, vous
verrez que nous avons privilégié la notion de "fuseau".
Nous indiquons tous les services situés à une distance
moyenne de cinq kilomètres de part et d'autre de l'itinéraire
balisé. Ainsi le cycliste, pour lequel cinq kilomètres
sont peu de choses, ou encore le marcheur prévoyant, pourront
faire un léger détour pour se diriger vers l'hébergement
de leur choix.
Cet ouvrage regroupe donc l'ensemble des intervenants offrant
accueil, hébergement, ravitaillement et autres services
sur le chemin entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port,
sous un poids calculé au plus juste (on essaie de limiter
à 200 g). Il vient ainsi en complément des topo-guides
existants. Il apporte des précisions que les topo-guides,
sauf à se transformer en dictionnaires, ne peuvent donner.
Chaque service est détaillé au niveau des possibilités
et des tarifs. Ces précisions éviteront au randonneur
de perdre du temps en se présentant à la porte des
hôtelleries dont les tarifs ne sont pas en accord avec son
budget.
L'ouvrage, qui a vu sa première édition en 1998,
en est aujourd'hui à sa septième réincarnation.
Jacques Clouteau
Le budget nécessaire pour aller à Compostelle n'est pas élevé. Marchant à pied ou roulant à bicyclette, vous n'avez ni électricité, ni téléphone, ni gaz, ni chauffage à payer. Restent deux choses essentielles : la nourriture et l'hébergement.Si vous fréquentez les gîtes et popotez vous-mêmes, sachez que 9 ¤ seront largement suffisants pour assurer la nourriture de la journée. Il est même probable qu'il vous restera un peu d'argent pour aller de temps à autre grignoter dans un petit restaurant. Le prix d'un gîte se situant autour de 9 ¤, il vous faut ajouter cette somme pour profiter d'une douche chaude et dormir à l'abri d'un toit.L'un dans l'autre, et sachant que la vie est encore un peu moins chère dans les campagnes espagnoles, dites-vous qu'avec 15 ¤ chaque jour, vous arriverez sans mourir au bout du chemin.N'oubliez pas également de compter le billet de retour en train, autobus ou avion.
Prix spécial pour pèlerins...
Certains endroits proposent un "prix pèlerin", réservé bien sûr à ceux qui marchent vers Compostelle. Il s'agit essentiellement des réductions que consentent certains hébergeants, hôtels, restaurants, chambres d'hôtes.On vous demandera rarement en France un justificatif de votre qualité de pèlerin, mais il est bon de porter avec soi le "carnet du pèlerin", et de le présenter, afin de couper court à toutes questions. La plupart du temps, ce prix-pèlerin concerne le repas, la nuit et le petit déjeuner.
Les pèlerins pauvres...
Certains pèlerins, ou se prétendant tels, souhaitent réaliser leur voyage comme au Moyen-âge, c'est-à-dire sans argent. Il convient de mettre en garde ceux qui pratiquent ainsi. Nous ne sommes plus au Moyen-âge, et encore beaucoup de pèlerins de cette époque avaient-ils un petit pécule à dépenser.Ce sont souvent les autres pèlerins, dont le budget n'est pas forcément extensible, qui finissent par dépanner ces pauvres-là.Si vous souhaitez vraiment jouer au mendiant, alors dormez dehors et grignotez des miettes. On ne peut pas à la fois vouloir imiter les anciens, et en même temps profiter des bienfaits de notre siècle (douche, matelas), sinon à jouer d'hypocrisie et à mettre mal à l'aise les riverains et les accueillants, qui ont beaucoup investi sur ce chemin pour en assurer la pérennité.Si vous avez la chance d'avoir un revenu et quelques économies, alors laissez la pauvreté aux gens réellement pauvres, et qui souhaiteraient bien souvent disposer d'assez d'argent pour régler leur dû et vivre dans la dignité.
Certains rêvent d'effectuer le pèlerinage de Compostelle
avec un cheval. C'est là une chose fort méritante,
car l'entretien d'un cheval à l'étape est une tâche
prenante.
Si votre monture est habituée à dormir en plein
air, elle sera particulièrement heureuse sur le chemin.
Celui-ci est en effet une immense prairie, et un terrain de broutage
d'excellente catégorie pour tout cheval de race rustique.
Tout comme pour les vélos, il existe cependant certaines
sections extrêmement dangereuses à entreprendre si
votre cheval n'a pas le pied sûr, sans oublier les arbres
couchés en travers du chemin..
Ce guide donne une série d'hôtels, de gîtes
d'étape, campings à la ferme, chambres d'hôtes,
centres équestres qui pratiquent l'accueil de chevaux.
L'ouvrage précise si votre pur-sang favori aura un box
à sa disposition ou seulement une prairie clôturée,
ce qui n'est déjà pas si mal.
Quelquefois, en raison de l'absence de clôture, vous devrez
attacher votre animal. N'oubliez donc pas dans votre panoplie
la longe ou la chaîne pour la nuit, suffisamment longue
pour que le cheval puisse brouter tout son saoul.
Certains centres équestres acceptent votre cheval, mais
n'offrent aucun hébergement pour son maître. Dans
ce dernier cas, ils vous autorisent souvent à planter la
tente ou bien à coucher dans le foin.
La randonnée à cheval étant toujours plus
contraignante que la randonnée pedibus jambis, le cavalier
veillera à téléphoner avant son départ,
afin de préparer ses étapes suivant le degré
de confort nocturne qu'il souhaite pour lui et son animal.
De même, le cavalier pourvoira lui-même à l'achat
de l'aliment complémentaire (orge, avoine, granulés),
car les hébergements qui acceptent les chevaux n'ont pas
toujours de nourriture en stock.
La saison idéale pour voyager avec un animal est le printemps,
surtout pour la section espagnole. En effet, jusqu'à fin
juin, vous trouverez en abondance eau et herbages. Ensuite, c'est
cagnard et compagnie, et plus rien à brouter...
Attention : pour circuler d'un pays à l'autre à l'intérieur de l'Union Européenne, il faut posséder un document appelé "certificat de circulation intracommunautaire des équins". Ce papier se procure à la Direction des Services Vétérinaires du Département, qui dispose d'exemplaires bilingues français-castillan.Un vétérinaire doit vérifier la bonne santé de l'animal et remplir l'imprimé. Il est évident que l'animal doit être vacciné contre la grippe équine, la rage et le tétanos. Il faut ensuite faire tamponner le papier à la Direction des Services Vétérinaires. Vous avez alors dix jours pour franchir la frontière. Compte-tenu du délai, cet ensemble d'opérations ne peut s'effectuer qu'une fois en route, et le pèlerin-cavalier doit combiner toutes ces tâches administratives avec la faible vitesse de son équipage. En consquence, beaucoup ignorent ces formalités et les Autorités ferment les yeux.Au retour d'Espagne, vous devriez normalement effectuer l'opération inverse en terre ibérique, mais la frontière est peu surveillée et la plupart des chevaux reviennent en France sans problème et sans contrôle.
Rien ne vous interdit d'emmener avec vous votre toutou favori,
et quelques kilomètres feront le plus grand bien à
ses patounes ankylosées par un hiver au coin du feu. Mais
rappelez-vous que vous êtes en campagne, et que de nombreux
animaux y paissent. Si Médor est un fanatique de la course
aux génisses, tenez-le bien en laisse, vous éviterez
peut-être une discussion orageuse avec l'agriculteur voisin...
Attention : Beaucoup d'hébergements refusent dans
leurs murs les animaux, et votre chien va peut-être hurler
à la mort toute la nuit s'il couche à l'extérieur,
loin de votre pied-de-lit. Si Médor est comme ça,
partez tôt le matin, avant que les autres clients ne soient
levés (...) ou bien laissez votre compagnon à la
garde de Tante Berthe...Imaginez également que dans les
gîtes d'étape, vos compagnons de dortoir apprécieront
peut-être modérément l'odeur que dégagent
certains chiens après une journée de course et un
éventuel bain dans la rivière...Souvenez-vous aussi
qu'en Espagne, nos petits compagnons sont prohibés partout :
hôtels, restaurants, gîtes d'étape, trains,
bus, jardins publics, leur sont interdits. Et pour revenir de
Santiago, il vous restera une seule solution : louer une voiture...Plus
grave : un chien va supporter facilement deux ou trois semaines
de marche en pleine nature, mais au-delà surviennent en
général des soucis. Les coussinets vivent mal le
contact permanent avec les graviers et les cailloux du chemin,
d'où formation de crevasses. Il faut alors traiter chaque
soir avec de la pommade, parfois consulter un vétérinaire,
voire s'arrêter plusieurs jours jusqu'à la cicatrisation
des plaies.Autre problème : le manque de sommeil de Médor.
Un chien a besoin d'une quinzaine d'heures de repos absolu, ce
qui est en totale opposition avec nos rythmes de marche. Résultat :
après quelques semaines, votre toutou est totalement abattu,
se couche à la moindre pause, et peut tout simplement défuncter
d'épuisement.
Hébergements à caractère religieux...
Mise en garde : nombreux ceux qui s'imaginent qu'ils ont le
droit de demander aux prêtres des paroisses le gîte
et le couvert, et que ceux-ci sont tenus de les leur donner. D'une
part ces prêtres ont souvent déjà fort à
faire à gérer leurs cinq à six paroisses,
et d'autre part ils ne sont ni hôteliers ni restaurateurs.
C'est à vous, puisque vous avez pris la décision
de partir, d'organiser vos étapes en fonction de vos possibilités
physiques et des hébergements disponibles, de façon
à ne pas vous trouver sans logement le soir venu.
Toutefois, certains monastères, presbytères ou communautés
laïques, voire de simples familles, consacrent l'essentiel
de leur temps à l'accueil des pèlerins, telle l'Hospitalité
Saint Jacques d'Estaing ou l'abbaye de Conques.
Ils vous proposent toujours, mais ne vous obligent pas, de participer
à leurs prières et cérémonies. La
plupart de ceux qui vont en de tels lieux sont avant tout en recherche
spirituelle. Veillez à respecter leur quête de silence
et leur recueillement, même si vous ne partagez pas leurs
croyances.
Saint Paul a dit : "Si vous ne donnez pas avec le coeur,
ne donnez rien". Cette belle parole n'empêche pas ces
hébergements d'avoir, comme les autres, une kyrielle de
frais fixes. Souvent, aucune participation n'est demandée
ni imposée, mais il semble de bon aloi de laisser une somme
couvrant les dépenses. Je suggère de déposer
entre 15 et 23 euros pour la 1/2 pension. En procédant
ainsi, vos offrez à vos hôtes une juste rémunération,
et vous leur permettez de "donner" plus tard l'hospitalité
à des gens qui ont de faibles moyens.
Sur ce sujet, laissons la parole à Léonard, de l'Hospitalité
Saint Jacques à Estaing :
- Sur le chemin, un bon nombre de communautés chrétiennes, familiales, paroissiales, monastiques ont accepté d'ouvrir leur porte aux pèlerins de passage dans un esprit évangélique de partage, de prière et d'écoute. Certains ont tenu à s'engager encore plus dans l'hospitalité, considérant en chaque pèlerin frappant à la porte la présence même du Christ.
C'est un pari spirituel formidable qui veut de ce chemin de pèlerinage faire le plus beau chemin de charité où accueillis et accueillants participent de la même communion pour vivre plus près de Dieu.
Ainsi, la relation commerciale est dépassée, hors de sujet, et les termes de "tarif, rentabilité et dû" sont remplacés par "partage, échange de dons, liberté". La prière, le sourire et le service rendu entrent pleinement dans la relation d'hospitalité.
Même le terme de "participation libre aux frais d'hébergement" reste inadéquat, mais est, au moins, compréhensible par tous. Le don est à la dimension du coeur, et tous ceux qui ont pris le risque de cet accueil, au nom du Christ, ont déjà reçu spirituellement bien au-delà de ce qu'ils ont offert.
Pour que l'élan s'amplifie, que la flamme continue à briller et ne s'éteigne pas, pour que la Providence de Dieu se répande largement sur le chemin, il ne faudrait pas évidemment que "participation libre" devienne, dans l'esprit de quelques-uns, synonyme d'économie possible pour s'offrir un peu plus loin quelque gâterie supplémentaire. Ce serait gâcher la grâce.
Le chemin sera finalement ce que les pèlerins en feront, répondant ou non à la tendre sollicitude de Celui qui est "Le Chemin, la Vérité et la Vie".